Avec son look agressif, son moteur quatre cylindres rageur et sa sonorité envoûtante, la Kawasaki Z750 est devenue un mythe intemporel sur le marché de l’occasion. Ce roadster nippon au succès commercial écrasant dans les années 2000 et 2010 reste aujourd’hui le rêve absolu de nombreux jeunes motards qui viennent tout juste de décrocher leur précieux papier rose. La tentation de chercher une Z750 A2 sur les sites de petites annonces est immense.
Pourtant, la législation entourant le bridage des motos pour les novices est un véritable labyrinthe juridique qui ne pardonne aucune erreur. Acheter une moto inadaptée à son permis entraîne une conduite sans assurance avec des conséquences pénales dramatiques. La mythique « Z » échappe-t-elle à cette règle mathématique stricte, ou s’agit-il d’un mirage administratif entretenu par de mauvais vendeurs ? Levons le voile sur la réalité légale de ce modèle très convoité.
Ce qu’il faut retenir
- ❌ La règle générale : La Kawasaki Z750 standard n’est pas éligible au permis A2 car sa puissance d’origine (106 ch) dépasse la limite légale autorisée (95 ch).
- 🦄 L’exception rarissime : Seule la version spécifique de l’année 2004, sortie d’usine avec une carte grise en 34 ch d’origine, est techniquement conduisible en A2.
- ⚖️ Le risque pénal : Rouler avec un modèle standard bridé illégalement équivaut à un défaut de permis et une annulation pure et simple de l’assurance.
- 🔄 L’alternative légale : Kawasaki a créé la Z800e spécifiquement pour répondre à cette réglementation et offrir le frisson du 4 cylindres aux jeunes permis.
La réglementation implacable des 70 kW
Pour comprendre le problème posé par le roadster d’Akashi, il faut relire la loi. La réglementation du permis A2 stipule qu’un jeune conducteur doit piloter une moto dont la puissance n’excède pas 35 kW (soit 47,5 chevaux). Cependant, le législateur a ajouté une règle de calcul fondamentale pour éviter les abus : la moto bridée ne doit pas dériver d’un modèle dont la puissance maximale d’origine est supérieure au double de cette limite.
Concrètement, pour qu’une moto soit bridable et légale en A2, elle ne doit pas faire plus de 70 kW (soit environ 95 chevaux) lorsqu’elle sort de l’usine en version libre. C’est ici que le couperet tombe pour la Z750. Sur la fiche technique, le bloc moteur de 748 cm3 développe 106 chevaux (78 kW). La sentence mathématique est sans appel : 106 est supérieur à 95. La Z750 standard des générations 2007 à 2012 est donc formellement et définitivement interdite aux titulaires du permis A2.

L’exception fantomatique des modèles 2004
Face à cette interdiction, les forums s’enflamment souvent en évoquant des jeunes roulant légalement en Z750. Ce n’est pas totalement faux, mais il s’agit d’une faille administrative historique. Avant la réforme européenne actuelle, le bridage se faisait à 34 chevaux (25 kW). En 2004, Kawasaki a commercialisé une poignée de modèles homologués directement en usine à 34 chevaux (et non bridés après coup).
La législation européenne actuelle tolère par rétroactivité ces très rares modèles immatriculés en 34 ch d’origine (catégorie MTT1 sur l’ancienne carte grise) car ils respectent la limite stricte, bien que leur conception initiale dérive d’une moto trop puissante. Cependant, trouver cette version spécifique d’occasion relève de la chasse au trésor. De plus, de nombreux vendeurs peu scrupuleux vendent de fausses « Z750 A2 » en fournissant un vieux certificat de bridage à 34 ch (bride à la poignée) monté sur un modèle 106 ch, ce qui est aujourd’hui totalement recalé par la préfecture lors du changement de carte grise.
Tableau : Lignée Z Kawasaki et compatibilité au permis A2
| Modèle Kawasaki | Puissance d’origine (Full) | Compatibilité légale Permis A2 |
|---|---|---|
| Z750 standard (2004 – 2012) | 106 chevaux (78 kW) | Interdite (Dépasse le plafond des 95 ch). |
| Z800 e-version (2013 – 2016) | 95 chevaux (70 kW) | Validée (Conçue exprès pour être bridable à 47,5 ch). |
| Z900 (Version 70 kW) | 95 chevaux (70 kW) | Validée (À ne pas confondre avec la Z900 full 125 ch). |
L’avertissement de l’Inspecteur du Permis de Conduire
« Je vois régulièrement de jeunes passionnés pleurer au commissariat après s’être fait confisquer leur Z750 flambant neuve par les forces de l’ordre. Ne vous fiez jamais à la parole du vendeur du Bon Coin qui vous assure que ‘ça passe en préfecture parce que la carte grise est en MTT1’. L’informatique de l’ANTS bloque désormais automatiquement l’immatriculation des motos qui dépassent le ratio poids/puissance légal ou la limite des 95 chevaux d’origine. Si vous roulez sur un modèle de 2008 soi-disant bridé, en cas d’accident corporel, l’expert de votre propre assurance déclarera votre contrat nul. Vous paierez les dommages corporels de la victime toute votre vie sur vos deniers personnels. »
Les alternatives légales : Z800e, Z900 (70kW) et Z650
Si votre cœur balance irrévocablement pour le style agressif des « Z » de Kawasaki et que vous souhaitez absolument entendre le hurlement d’un quatre cylindres, le constructeur a pensé à vous après l’arrêt de la 750. La marque a sorti la Kawasaki Z800e. Le « e » est vital : cette version a été amputée volontairement de 18 chevaux en usine pour afficher exactement 95 chevaux (70 kW). Elle est donc parfaitement légale et bridable à 47,5 chevaux.
Plus récemment, Kawasaki a reproduit cette stratégie intelligente avec la Z900 (vendue en deux versions distinctes en concession : la full à 125 ch interdite en A2, et la version 95 ch bridable pour les jeunes). Enfin, si le poids très conséquent de ces gros quatre cylindres vous effraie pour faire vos premières armes (près de 230 kg), la très joueuse Z650 (un bicylindre de 68 chevaux bridable) reste le choix de la raison, le plus polyvalent et le plus rassurant pour progresser en toute légalité pendant vos deux années de probation.
Foire Aux Questions (FAQ)
👮 Puis-je l’assurer si elle n’est pas vraiment légale ?
Non, aucune assurance française sérieuse ne vous couvrira. Les compagnies d’assurance croisent leurs données avec le fichier des cartes grises. Lorsqu’elles entrent la plaque d’immatriculation d’une Z750 classique et voient que votre permis est de type A2 (limité à 35 kW), leur logiciel rejettera automatiquement la création du contrat. Si vous trouvez un courtier qui accepte « par erreur », le contrat sautera lors de la première expertise en cas de sinistre.
🐎 Une fois les deux ans de A2 passés, puis-je la débrider moi-même ?
Si vous possédez une vraie Z800e ou Z900 légalement bridée en A2, et que vous venez de valider votre passerelle vers le permis A, le débridage ne peut se faire que par un concessionnaire officiel de la marque. Le mécanicien retirera la bride (électronique ou mécanique), vous délivrera une attestation de débridage, et vous devrez obligatoirement modifier votre carte grise en préfecture (passer de MTT1 à MTT2) avant d’avoir le droit de rouler avec toute la puissance.
💰 Pourquoi les vendeurs d’occasion affirment-ils qu’elle est bridable ?
C’est un mélange d’ignorance et de mauvaise foi commerciale. La confusion règne car avant l’harmonisation européenne des permis en 2013, il existait une ancienne loi (le bridage à 34 ch) qui était beaucoup moins stricte sur la puissance d’origine de la moto. De nombreux vendeurs, qui ont passé leur permis il y a 15 ans, pensent de bonne foi que la loi n’a pas changé. D’autres, moins honnêtes, mentent délibérément pour réussir à se débarrasser de leur moto auprès d’un jeune naïf.









